À bas l'à-valoir !




Une autre des raisons pour lesquelles je n'ai pas signé la pétition de la Charte, c'est sa plainte à propos des à-valoirs présentés comme une des causes de la famine des auteurs : «les maisons d'édition proposent des à-valoir dérisoires».

Mais les à-valoirs, c'est pas une rémunération, c'est -la plupart du temps- un attrape-couillons, un os à ronger.

L'à-valoir, c'est ce qui fait qu'en réalité les auteurs acceptent un système où ils ne perçoivent le revenu de leurs ventes qu'au bout d'un an et demi quand ce n'est pas plus. Alors qu'un paiement au moins tous les six mois, ça ne serait pas qu'un peu normal, non ?

L'à-valoir, c'est ce qui fait que quand tu n'es pas un auteur à succès, tu acceptes un droit d'auteur plus faible que s'il n'y avait pas d'à-valoir.

L'à-valoir, c'est ce qui fait que tu peux être plus payé que ce que tu vends…. ce qui n'a en soit rien d'une évidence logique, et qui surtout permet par ailleurs au sytème de t'imposer d'autres trucs bien moins avantageux.

L'à-valoir, c'est ce qui fait que t'écris pour l'à-valoir.

L'à-valoir, c'est le système qui laisse à penser que tous les éditeurs sont des gros capitalistes avec des comptes en banque qui explosent et qu'ils n'ont qu'à puiser dedans.

Et - last but not least - l'à-valoir, c'est ce qui permet de faire croire qu'on te paie un temps de travail, mais en réalité pas du tout. Quand un éditeur commande une oeuvre à l'auteur - je pense notamment aux illustrateurs - c'est le temps de travail nécessité par cette oeuvre qui devrait être effectivement et concrètement payé, sans remboursement sur les droits d'auteur à venir qui ont eux à voir avec la propriété de l'oeuvre et ses ventes. En fait, un illustrateur à qui on commande un travail et qui est "rémunéré" avec un à-valoir, c'est un illustrateur qui, en 2015, travaille gratos.

L'à-valoir, plutôt qu'être une arme du système pour que l'auteur accepte de se faire avoir, ne devrait être qu'un moyen de pression de l'auteur à succès pour obtenir quelques avantages de plus. Autrement, le plus souvent, c'est un attrape-couillons.

Papy Thierry