Il n'y a pas besoin d'en ajouter (ou d'en soustraire)


Hier plusieurs chiffres sont venus se télescoper sur mes écrans, et qui parlaient de la même chose: ventes et tirages des livres jeunesse. En même temps, c'est normal que ces chiffres soient aujourd'hui si médiatisés: l'édition jeunesse migre vers la cour des grands, et c'est maintenant la com' façon "marketing des grands" qui se charge d'elle. Et c'est quoi l'argument qu'elle préfère, la com' des grands ? Celui du vedettariat défini par le nombre de ventes.

Et hop donc: ici on vous présente un auteur jeunesse à 3 millions d'exemplaires, là deux autres à 10 millions… Ici, c'est le placement en à peine quelques mois de 12000 exemplaires d'un roman à 15€, là le tirage d'un autre qui atteint 22000 exemplaires encore plus rapidement… Ailleurs c'est la traduction revendiquée d'un roman dans 29 langues, là c'est une adaptation au cinéma…

Qu'on ne se méprenne pas: sincèrement, je dis bravo à ce succès. Il est justifié et je ne prétends pas le moins du monde qu'il prouverait qu'il n'y a pas à se battre pour un taux de droit d'auteur réajusté pour tous (et à se battre pour davantage, même, puisque je pense pour ma part qu'il faudrait, en sus, imposer le PSTA).

En revanche, amis chartistes, je me permets une petite remarque : il serait peut-être opportun de revoir l'argument de la pétition que vous m'invitez à signer : «Se consacrer à l’écriture ou à l’illustration, c'est mourir de faim.»

Parce que même si, en se référant à votre autre affirmation chiffrée et quelque peu globalisante, ces auteurs à succès sont à 6%  - ce que je ne veux pas savoir - affirmer qu'ils meurent de faim prête à sourire… Ou alors c'est ne faire référence qu'aux auteurs qui vendent peu, ou qui vendent des ouvrages à bas prix ?  Mais je ne suis pas sûr que même 3% de plus apaiseront les estomacs criant famine de ceux-là (et par ailleurs, pourquoi un auteur qui se consacrerait à l'écriture ou a l'illustration, et qui ne vendrait que peu, devrait-il pouvoir tout de même vivre de son travail? Il n'y a rien d'évident là-dedans...)

Ce qui, encore une fois, ne signifie pas qu'il n'y a pas à se battre pour obtenir 3% de plus. Il faut se battre, mais simplement au motif qu'il n'est absolument pas normal que l'auteur perçoive si peu sur ce que débourse un acheteur pour UN exemplaire de ses livres. Il n'y a pas besoin pour le justifier d'écrire un argumentaire misérabiliste, ou de se la jouer nouveaux damnés de la terre. Il n'y a pas besoin d'invoquer d'autres raisons, et notamment celle qu'il faudrait forcément que l'auteur puisse vivre de son écriture ou de son illustration. Ça, c'est une autre question, bien plus complexe, qui dépend de bien plus de facteurs que le seul droit d'auteur. Avancer cette raison pour exiger 3% de plus, c'est se priver à court terme, je le crains, de pas mal de crédibilité...