Square des Batignolles, hommage à Barbara



Quand mon roman La fille du canal (l'histoire d'une enfant violée et murée dans le silence) est paru en 1993, j'ai voulu envoyer le livre à Barbara, parce qu'en exergue j'avais reproduit un court extrait de sa chanson À mourir pour mourir : «On ne se blesse pas qu'à vos champs de bataille».
Et puis je n'ai jamais osé poster le livre.

Barbara est morte en 1997. En lisant ses Mémoires interrompus parus peu après son décès, j'ai appris comme tout le monde ce qu'elle avait jusqu'alors tu : le viol par son père quand elle avait dix ans.
Je m'en suis terriblement voulu de ne pas lui avoir envoyé mon livre.

Un peu plus tard, je suis allé dans la grande maison de Nathalie Novi avec mes filles. Nathalie et moi avons choisi 15 chansons de Barbara qui nous émouvaient particulièrement.
Et Nathalie a commencé à faire un dessin pour chacune d'elles (voir les images ici).

Nous avons réunis ces dessins dans un album «pour adultes et enfants», édité par Thierry Magnier Éditions, les droits d'auteur étant versés à SOL EN SI.

Le livre entre les mains, ma fille Cléo - elle avait dix ans cette année-là - et moi sommes alors allés au cimetière de Bagneux, où est enterrée Barbara. Cléo a posé le livre sur la tombe et a embrassé la stèle. Et nous sommes repartis.

Les images de cet album étaient discrètement légendées par le texte ci-dessous, que j'avais écrit pour Barbara - elle qui n'est pas pour rien, c'est certain, dans ce que je suis devenu après avoir l'avoir entendue pour la première fois, et écouté tant et tant de fois ensuite.
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Afin que nous n'ayons plus jamais faim
que nous dormions à l'abri
que nous étanchions nos soifs
que nous brisions nos chaînes
que nous rêvions

que nous nous enivrions...

les boulangers cuisent notre pain
les maçons bâtissent nos maisons
les puisatiers sondent les sources
les sages enracinent nos libertés
les conteurs enluminent nos songes

... et les vignerons pressent le raisin.

Mais parfois
à l'abri
rassasiés
la soif apaisée
les songes étoilés
libres et même grisés
nous pleurons.

Nous pleurons sans raison aucune
ou parce que l'amour s'en est allé.

Alors au coeur de la nuit
les poètes ramassent
nos blessures
nos chagrins
et nos larmes.

Ils en tissent des voiles si légers
qu'au matin nous pouvons les porter
en attendant que le souffle d'un baiser
les chasse à jamais.

Square des Batignolles
à Paris
il y avait une femme comme ça.

Elle s’appelait Barbara.