Blog d'un écrivain jeunesse pour lequel l'écriture n'est pas un métier — mais un travail.

Rechercher dans ce blog


Et vendre ton roman à 16€, ça ne te gêne pas ?


J'ai lu récemment des avis d'auteurs ou d'illustrateurs sur le PSTA*, dont une principale objection (qu'on nous a déjà immédiatement opposée il y a dix ans, lors de la création de cette proposition d'une rémunération complémentaire de l'auteur). Pour résumer : «Quoi ? Vous voulez ajouter 50 centimes au prix du livre ? Et qui va payer, hein ? Le lecteur, la bibliothèque !» S'ajoute à cela la prédiction que de toute façon l'éditeur intégrera ces 50 cts dans le prix du livre en le baissant d'autant, et que donc ça ne changera rien à rien.

Alors voici quelques précisions et réponses : 

Rappelons d'abord que le PSTA,  c'est une taxe de 50 centimes (ou plus...) ajoutée au prix du livre actuel et reversée intégralement à l'auteur. Bien. Soit aujourd'hui : un livre à 10€ HT, un auteur à 10% de DA, un éditeur à 20%.

1. AVANT le PSTA : l'auteur perçoit 1€, l'éditeur 2€.

2. APRES le PSTA : le prix du livre passe à 10,50€, l'auteur perçoit 1,50€ (DA + PSTA), l'éditeur 2€

3. Si l'éditeur baisse le prix du livre à 10€ pour "intégrer" le PSTA, l'auteur perçoit alors 1,45€ (DA+PSTA), l'éditeur 1,90€. L'auteur est donc toujours gagnant.

4. Même si l'éditeur baisse le prix du livre pour "intégrer" le PSTA, l'instauration de cette taxe modifie la répartition du prix du livre : puisque 50 cts échappent à cette répartition et vont à l'auteur quel que soit le prix du livre — et même quand l'auteur ne perçoit rien aujourd'hui contrairement à l'éditeur, l'imprimeur et le diffuseur (livres soldés par exemple).

5. Quand, en 2003, la" remise librairie" sur la vente d'un livre aux bibliothèques a été limitée à 9% — alors que cette remise pouvait monter auparavant jusqu'à 20% — les bibliothèques ont perdu un sacré pouvoir d'achat, et ceci pour que les auteurs puissent empocher avec grand plaisir leurs droits SOFIA. Cette perte de pouvoir d'achat des bibliothèques gêne-t-elle les auteurs aujourd'hui ? Les auteurs protestent-ils et, outrés, reversent-ils leurs droits SOFIA aux bibliothèques ? En tout cas, pas moi (ouh le vilain !)

6. De même quand le prix unique du livre a été instauré, limitant la remise librairie à 5%, les lecteurs lambda qui achetaient dans les point de vente où on pratiquait 10, 15 ou 25% de remise, ont perdu un sacré pouvoir d'achat !!! Quelqu'un (à part Amazon) proteste-t-il aujourd'hui contre ce prix unique du livre au nom du pouvoir d'achat du lecteur ?

- Quand un éditeur décréte tout seul dans son coin qu'un roman sans illustration sera vendu en grand format à 16€ (sans l'outrancier PSTA, donc), l'auteur proteste-t-il au nom du pouvoir d'achat du lecteur ? Exige-t-il de l'éditeur une baisse de par exemple 50 cts, afin que son roman soit vendu au prix éminemment respectable et naturel de 15€50 ? C'est marrant comme les 50 cts de l'hypothétique PSTA scandalisent, alors que les 16€ du prix actuel du livre ne semblent poser problème à personne (sauf peut être à l'acheteur qui est loin de posséder la somme nécessaire, le préserve-t-on de l'outrancier PSTA).

- Peut être existe-t-il une meilleure solution que le PSTA, ça je veux bien le croire. Mais alors qu'on la présente, clairement, concrètement. Et promis, je l'applaudirai, en riant de l'idée du PSTA qui l'avait précédée.

*Pour en avoir davantage sur le PSTA, voir sa page FB
Mes posts relatifs à la rémunération des auteurs sont regroupés sous le #PayeMonTravail


Et vendre ton roman à 16€, ça ne te gêne pas ? Et vendre ton roman à 16€, ça ne te gêne pas ? Reviewed by Thierry Lenain on octobre 13, 2018 Rating: 5
Fourni par Blogger.