Blog d'un écrivain jeunesse pour lequel l'écriture n'était pas un métier — mais un travail.

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Une dernière blague, Franck ?



Franck Prévot, je te dois d'être honnête. J'avais complètement oublié. Je me souvenais bien de ce moment où j'étais venu dans ta classe, il y a de cela très longtemps, je me souvenais comment j'avais aimé ça, ce qui s'était passé avec tes élèves — et je te revois toujours bien au milieu d'eux. Mais j'avais complètement oublié. Complètement oublié, oui j'avoue, que plus tard, tu m'avais demandé d'écrire la préface d'un de tes livres Des pensées sans compter. Et oublié que je l'avais fait.

C'est seulement il y a quelques jours, quand j'ai vu ta dernière blague. Les précédentes, que tu postais chaque jour sur Facebook, m'avaient fait beaucoup rire. Mais celle-là, la dernière, beaucoup moins : tu ne devais pas être en forme ce jour-là  — je suis sûr que tu l'aurais aimée, celle-là. Donc je lis que tu es mort, et là, dans ta bibliographie, je vois : « Des pensées sans compter, préface de Thierry Lenain». Et c'est seulement à ce moment-là que je me suis souvenu que tu m'avais demandé ça. Je n'avais même plus le livre à la maison. Il est épuisé, du coup j'en achete un exemplaire sur un site d'occasion, et voilà, aujourd'hui je l'ai reçu, c'est celui que la BM d'Angers a désherbé un jour ou l'autre.

Alors je recopie ici cette préface que j'avais oubliée :

[ J'ai rencontré Franck Prévot sur le banc d'une classe — c'était la sienne — où il avait invité l'auteur jeunesse révolté que j'étais alors. Il avait soumis un de mes livres à ses élèves, et on les écoutait en parler. On était scotchés : il était en train de réinventer l'ONU, et en vraiment mieux !
On est sorti sans bruit pour ne pas les déranger.
Dans le couloir, Franck était heureux mais un peu hagard. « Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? », s'inquiéta-t-il. « Ben je sais pas moi, je lui réponds; auteur jeunesse... »  « Ça gagne bien ? » il s'enquiert. « Des nèfles... », je soupire en avalant le copieux quatre heures prévu par mon contrat. « Mais tu sais — j'ajoute en empochant mon chèque —  un écrivain, c'est fait pour penser, pas pour compter. » « Penser sans compter... »  murmure alors Franck, l'esprit déjà à l'oeuvre... Sur le quai de la gare, où mon contrat l'obligeait à attendre jusqu'à ce que le train parte, je rigole : « T'auras qu'à appeler un de tes bouquins Des pensées sans compter ! »
Eh bien il l'a fait ! Je vais lui demander 10 %. ]


Ah oui, c'est sûr, Franck Prévot, comme je me souviens de l'incroyable pertinence des propos tenus par tes élèves ! Carrément, ils réinventaient le monde. Mais pas pour le rêver. Non, ils étaient en train d'inventer le monde tel qu'ils allaient le refaire. Et c'est toi qui leur avais permis ça. Et toi qui m'avais permis de vivre ce partage avec eux. 

Bon, allez, une dernière blague : « Thierry Lenain a arrêté d'écrire ? Attends, je vais faire plus fort que lui. » Elle est pas mal, hein, Franck ? 

Thierry

Ps : le livre, c'était Kourou, il est épuisé, je l'ai posé en pdf ici.




Une dernière blague, Franck ? Une dernière blague, Franck ? Reviewed by Thierry Lenain on juin 10, 2020 Rating: 5
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