Blog d'un écrivain jeunesse pour lequel l'écriture n'est pas un métier — mais un travail.

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Écrire n'est pas mon métier





On me demande pourquoi, en bannière de ce blog, j'ai écrit : Blog d'un écrivain jeunesse pour lequel l'écriture n'est pas un métier (mais un travail). Ok, je vais répondre ici.

Un métier, c'est un travail rémunéré qui nous permet de subsister a minima, et qui nous soumet en contrepartie à un certain nombre d'obligations.

De ce point de vue, le travail d'écrire n'est pas en capacité d'ouvrir de lui-même les portes d'un métier. "J'écris donc je suis", oui sans doute, mais "j'écris donc je mange", cela relève d'une autre affaire. Ainsi, même avec la bénédiction d'un éditeur, même si j'écris 35 heures par semaine et 11 mois sur 12, je ne vais pas forcément et a minima percevoir le smic.

Qui est en mesure de transformer mon travail d'écriture, qui n'est pas un métier en soi, en un métier auquel je vais pouvoir me consacrer au moins partiellement ?

1 / Avant tout : les acheteurs de mes livres. Il faut pour cela qu'ils soient suffisamment nombreux pour que je perçoive un revenu suffisant. Leur nombre minimal requis varie selon le prix du livre et mon taux de droit d'auteur sur ce prix.

2 / La société peut aussi intervenir, indépendamment de mes acheteurs. Elle peut considérer que, même si leur nombre n'est pas suffisant, il lui importe à elle, au regard de l'intérêt qu'elle porte à mon écriture, que je puisse y consacrer une partie de mon temps. Elle va donc m'aider [en instaurant le revenu universel — je rêve…] en m'octroyant des bourses, l'accès à des résidences d'auteur… L'écriture deviendra alors un métier "au-revenu-assisté".

3 / Et puis il y a moi : je peux décider que mon métier sera l'écriture, même si je ne vends pas assez des ouvrages à la production desquels je voudrais me limiter. Alors je (sur)produis jour et nuit, je cours après les éditeurs, je vends toute une série de produits dérivés, dont mes rencontres avec les lecteurs…. Mais alors de quel droit me plaindrais-je ?

Ceci étant posé, sur quels facteurs pouvons-nous agir pour que, d'une manière générale, l'écriture puisse devenir, plus rapidement qu'on ne l'autorise aujourd'hui, un métier à part entière — ou contribuer régulièrement à au moins 50% des revenus de l'auteur pour qu'il soit reconnu comme un Auteur Professionnel (un statut qui pourrait naître à l'image de celui des Journalistes Professionnels quand ils obtiennent leur Carte de presse à cette condition) ?

1 / On peut agir sur les conditions contractuelles : en instaurant un taux minimal de droit d'auteur imposé par une Convention Collective réunissant auteurs et éditeurs; Convention Collective qui pourrait également instaurer, en cas de commande d'un travail par l'éditeur, le principe d'une rémunération du travail de l'auteur non-déductible de ses droits à venir.

2 / On peut agir sur ce que rapporte à l'auteur la vente d'un exemplaire, afin qu'il lui rapporte davantage qu'aujourd'hui (ça ne serait pas du luxe). Ceci par l'instauration d'une taxe ajoutée au prix du livre actuel. Une taxe d'un montant identique quels que soient l'auteur, le prix du livre, son support (papier, numérique…), son ancienneté de publication, sa catégorie de vente (prix plein, soldé…). Cette taxe viendrait rémunérer le travail spécifique préalable de l'auteur. Elle peut être financée exclusivement par l'acheteur, ou en partie par l'acheteur et en partie par l'Etat.

3 / On peut aussi agir sur ce que devrait rapporter aux auteurs vivants la vente des ouvrages tombés dans le domaine public et ne générant pas de droits d'auteur, par l'instauration d'une taxe ajoutée au prix de ces livres, taxe redistribuée aux auteurs vivants.

Voilà les pistes que nous avions ouvertes il y a dix ans, avec le PSTA (Prix Spécifique du Travail de l’Auteur), la TPC (Taxe de Péréquation pour la Création) et la CCEI (Convention Collective de l’Écrit et de l’Image)

Mais parce que le livre c'est aussi du commerce, il y aura toujours des écrivains pour qui l'écriture ne sera jamais un métier — que cela nous paraisse injuste ou pas, et même si l'avenir les venge en transférant leurs cendres au Panthéon. Si on ne veut pas l'admettre, en affirmant de façon quelque peu caricaturale que "écrire est (forcément) un métier", on finira par revendiquer le salariat de l'auteur par l'éditeur, la carte Auteur non pas "Professionnel" mais "Officiel", ou quelques autres cas de figure pas plus réjouissants que la situation actuelle…

Et pour répondre à la question initiale : je ne revendique pas mon écriture comme un métier, même si certaines années elle me rapporte plus que le Smic, car je ne veux pas être lié à elle comme on est lié à un métier et ses obligations; c'est pour cette raison que j'ai toujours pratiqué, à côté de ce travail d'écriture, une autre activité relevant, elle, du statut de métier. Et on peut se battre pour qu'un travail soit correctement rémunéré, même s'il n'est pas un métier. Le métier c'est, me semble-t-il, une autre question.

ps : j'ai piqué le dessin sur le site des DNA, je ne sais pas qui l'a réalisé.
ps : si vous voulez commenter ce texte, il est aussi ici, sur FB
Écrire n'est pas mon métier Écrire n'est pas mon métier Reviewed by Thierry Lenain on septembre 16, 2018 Rating: 5
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