Blog d'un écrivain jeunesse pour lequel l'écriture n'est pas un métier — mais un travail.

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Oui mon amour, j'ai envie de cet enfant


C'était il y a un an... Avant d'autres albums dans un an avec Stéphanie Marchal

[Texte intégral]
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Mon enfant, tu as eu beaucoup de mal à t’endormir. Tu m’as demandé : «Où elle est, maman ?» Je t’ai bercée, et maintenant tu dors près de moi.

Je voudrais te raconter une histoire. Une histoire que je garde précieusement au fond de mon coeur. Une histoire qui me tient chaud, quand moi aussi je pleure...

Tu n’étais pas encore née. J’habitais un petit appartement au dernier étage d’un immeuble gris. J’étais seul. Je m’ennuyais. Les journées s’étiraient sans jamais se terminer. Les nuits étaient glacées.

La femme que j’aimais était partie sur une île. Des milliers de kilomètres nous séparaient. Souvent je m’asseyais sur la plage et je l’imaginais de l’autre côté de cet océan, loin, très loin, si loin. Je rêvais d’elle pour être à côté d’elle.

Seules nos lettres voyageaient. Les siennes étaient vanillées. Quand je les lisais, le monde  embaumait. Dans ses lettres elle me disait je t’aime, et je t’aime encore, si fort. Elle écrivait tu me manques, je voudrais t’embrasser et je t’embrasse là, sur le papier.

Et je l’embrassais là, sur le papier.

Un jour, dans l’enveloppe, elle n’a glissé qu’une feuille. Elle avait écrit en tout petit, pour me le murmurer: «oui, mon amour, j’ai envie de cet enfant.»

Je suis resté assis longtemps sur mon lit, sa lettre sur les genoux. Je regardais ma chambre. Elle était petite. Elle était triste. J’ai mis quelques affaires dans mon sac. Et je suis parti. J’ai pris l’avion. Il m’a emmené sur l’île, loin, très loin, si loin.

Quand je suis arrivé, il faisait chaud. J’ai cherché du regard celle que j’aimais. Elle était là, elle m’attendait, elle me souriait.

J’ai posé mon sac dans sa chambre. Une grande chambre ensoleillée. On est allé se promener. Elle m’a montré ce qu’elle aimait, les fleurs, les parfums, les couleurs. On s’était retrouvé. On s’aimait. Les jours et les nuits se sont entremêlés. Le soleil nous unissait, la lune nous protégeait. J’avais les yeux remplis d’étoiles.

Un après-midi, on a traversé une forêt et escaladé les rochers. L’air était doux, on s’est enlacé. Mon petit amour, mon enfant, cet après-midi-là, à l’abri des rochers, elle et moi, nous t’avons fait.

Elle était ma femme, elle est aussi devenue ta mère. J’étais son mari, je suis aussi devenu ton père. On est rentré sans avoir besoin de se parler. On s’aimait. On t’aimait.

Mon enfant, tu dors près de moi. Cinq ans ont passé et bien des choses ont changé. Mais cette histoire reste vraie. Rien ne pourra l’effacer, jamais.

Même si aujourd’hui celle qui sera toujours ta maman n’est plus ma femme. Même si aujourd’hui, moi qui serai toujours ton papa, je ne suis plus son mari. Elle et moi t’aimons ensemble, chacun de notre côté.

Dors, mon ange.
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Une île mon ange
texte de Thierry Lenain
illustrations de Stéphanie Marchal
éditions BoD - 10€
EAN 978-2322080984
Disponible dans toutes les librairies physiques et en ligne...

Oui mon amour, j'ai envie de cet enfant Oui mon amour, j'ai envie de cet enfant Reviewed by Thierry Lenain on septembre 21, 2018 Rating: 5
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