Les nénés de Zazie chez Comptines


féminisme,égalité,corpsPremière lecture de Thierry LENAIN (texte)
&
 Delphine DURAND (ill.)
Éd. Nathan, coll. premiers romans
Février 2013, 29 pp. – 5,60 €


Zazie surprend Max en train de donner des notes aux femmes dénudées des affiches publicitaires. Interloquée, elle le voit embrasser les seins de l’une d’elle, la gagnante, celle qui, comme Miss Camping l’été dernier, mérite un dix sur dix, pour ses atours. Tandis que Zazie, malgré deux beaux pamplemousses glissés dans le soutien-gorge de sa mère, ne provoque que l’hilarité de Max. Pas de nénés égal zéro pointé ! Le lendemain, Max découvre Zazie assise sur un banc, les yeux cachés par une étrange paire de lunettes, elle donne des notes aux passants mâles. Des lunettes qui dévoilent des choses – mystérieuses – seulement aux filles qui les portent, sur les garçons qui passent. Et voilà justement le père de Max qui traverse le square… et récolte un très modeste 3 sur dix.

Pourtant, il fait des gâteaux  (et même les courses pour faire des gâteaux), des châteaux de sables formidables et tout un tas d’autres choses héroïques comme d’écrire des livres pour les enfants ! Une fois de plus Zazie inflige une bonne leçon à ce malheureux (enfin pas si sûr qu’il le soit) Max ! C’est complètement stupide de noter les femmes, comme les hommes, sur leur apparence (sans parler de ce que seule Zazie distingue avec ses lunettes magiques, sorties d’un film de John Carpenter). Depuis qu’il a appris que le monde n’est pas divisé en deux entre les « avec zizi » d’un côté et les « sans zizi » de l’autre, Max, apprend tous les jours l’égalité des sexes et le respect mutuel. Il suffit de voir fleurir les concours de Miss (et pire encore, de mini Miss) et les femmes en petites tenues sur les murs des villes, pour constater que la leçon mériterait d’être partagée bien au de-là du cercle des lecteurs des aventures de Zazie et Max !

Une fois de plus Thierry Lenain et Delphine Durant apportent la preuve qu’il est possible de raconter des histoires intelligentes avec des mots simples et des images amusantes. Peut-être conviendrait-il de joindre aux leçons dispensées par le Ministère des droits des femmes aux ministres du gouvernement, un peu de lecture. D’ici là, espérons que Zazie et Max connaitront encore le succès qu’ils méritent auprès des premiers lecteurs si mal aimés de l’édition jeunesse.

Ariane Tapinos (février 2013)